Chapitre 7 – Maternelle

Je trouve que dans le monde dans lequel on vit, on néglige beaucoup trop les bienfaits de la solitude. On a constamment besoin de faire partie d’un groupe. Vivre chaque heure de notre vie avec au minimum une autre personne pour être approuvé par la société. Le partager sur les réseaux sociaux pour montrer notre « normalité » au reste du monde. Avoir honte et ne rien dire quand on passe son weekend chez soi au lieu de « sortir avec des potes ».

Moi, j’ai toujours aimé ça, être seule, mais personne ne le comprend vraiment. Bien entendu, ça ne veut pas dire que je souhaite être seule toutes les heures de tous les jours de tous les mois et de toutes les années… Non, bien sûr que non.

Je prends la solitude comme un moyen de se recadrer. Être en tête à tête avec soi-même. Quand l’humeur est mauvaise, saisir véritablement de ce qui ne va pas. Ou, au contraire apprécier ce qui va. Se poser des questions, essayer d’y répondre, ne pas réussir, se poser d’autres questions, et ainsi de suite… Tout ça. Et bien plus encore.

Qu’est-ce que j’ai pu pleurer, rire, me reposer, m’exciter, toute seule !

Ces moments de solitudes me permettent d’évoluer en un être humain qui tend vers ma représentation de l’être humain idéal. Je reste Maternelle, j’ai toujours mes défauts et mes qualités (je devrais mettre qualités avant défauts, mais c’est mon côté pessimiste qui ressort en ce moment), mais mes réactions au monde du dehors sont différentes, mes comportements sont modifiés, mes interactions sont plus adaptées… Je suis devenue Maternelle 2.0 (dédicace à tous les informaticiens qui me lisent). Jusqu’à la prochaine introspection, qui me fera évoluer en Maternelle 3.0 et ainsi de suite.

Et en écrivant ces paragraphes, je me rends compte que c’est ça pour moi, être un adulte.

Au temps de maman Jeanne, on se considérait adulte une fois que notre vie familiale était bien établie. En 60 ans, le monde a évolué, et pour moi un adulte n’est pas forcément relié à ses biens matériels et personnels. J’ai une manière plus intrinsèque de me représenter un adulte. Il est en constante évolution, il apprend à se connaître, il vit avec ses faiblesses, mais aussi et surtout avec ses atouts. Du haut de mes 31 ans, voilà comment je me représente un adulte. Je vous ferai un nouveau débriefe quand j’aurais 32 ans, ne vous inquiétez pas.

Tout ça pour dire que si on n’apprécie pas la solitude de temps en temps, alors comment devenir un adulte ? Comment connaître ses défauts, apprécier ses qualités ? Comment évoluer vers une version de soi que l’on trouve idéale ? C’est pour cette raison que dans mon opinion, certaines vieilles personnes ne sont pas devenues adultes, en tous cas pas dans ma définition propre à moi-même d’un adulte.

Mais alors, qui suis-je ? Je suis Maternelle, j’ai 31 ans.

A cause de mes introspections régulières, il est difficile de définir véritablement qui je suis de manière sûre. Mais je sais que certaines choses résistent à l’évolution.

Premièrement, ma vie est remplie d’accomplissements, parce que c’est ça qui me fait avancer. J’ai une énorme capacité à foncer droit vers un objectif, même si je n’en vois pas le bout, et que plusieurs problèmes viennent me ralentir. Je ne vois jamais l’option « abandonner l’objectif » comme un moyen de régler les problèmes.

Deuxièmement, et contrairement à ce qu’on pourrait penser, je suis d’une paresse sans égal. Je connais à peu près mon intelligence, ce qui fait que je me dis qu’une personne moins intelligente aurait fait le travail plus lentement, donc je procrastine jusqu’à ce que cette excuse ne soit plus valable.

Aussi, je n’ai jamais été bavarde. J’ai donc énormément écouté et examiné les personnes autour de moi parler. S’énerver. Rigoler. Crier. Ne pas crier. Réagir à une situation spécifique, en quelque sorte.

Toutes ces observations m’ont permis d’anticiper très justement la réaction qu’une personne particulière aurait face à une perturbation extérieure. Comment va-t-elle réagir si je lui dis ça ? Que va-t-il se passer dans sa tête ? Va-t-elle se renfermer sur elle-même ? Va-t-elle perdre ses moyens et m’insulter injustement ?

Bon, pour l’instant, malheureusement, ces questions aboutissent généralement à une perte de mes moyens, et j’abandonne souvent la discussion, mais ça c’est une autre histoire.

En fait, je me rends compte que je ne suis pas du tout attirée par les discussions banales. « Bonjour, ça va ? T’as passé un bon week-end ? », ça ne m’intéresse pas. J’ai une impression de perte de temps énorme alors que je pourrais le passer dans ma chambre à m’analyser pour la nième fois de la journée. Petite autodérision ci-dessus, bien entendu…

Bon, il a bien fallu que je m’adapte à ce que la normalité des gens fait, donc j’écoute les événements du week-end, je renchéris avec d’autres questions, je fais ce qu’on attend de moi. Sauf que moi j’ai perdu 10 minutes de ma vie à écouter quelqu’un dire des banalités. And when can I get those minutes back ? Never…

Parlons de mes sœurs, maintenant. J’ai une petite sœur biologique, Paradis. Elle est comme moi niveau fixation d’objectifs, mais tellement différente sur d’autres points. Son assurance, sa patience et sa facilité à aborder de nouvelles personnes me font envie.

Vanessa, c’est ma sœur parisienne. Elle est très intelligente, mais ne s’en rend pas compte. Je pense qu’elle est comme moi, à se poser beaucoup de questions sur elle-même, mais quand elle n’a pas les réponses, ça la met dans une tristesse sans égal. J’aimerais lui conseiller d’accepter qu’il n’y pas de réponses à toutes les questions, mais dans ces moment-là, c’est comme si ces oreilles étaient déconnectées de son cerveau.

Bibiche c’est un monstre venu d’ailleurs. Je suis en admiration sur elle, mais certaines fois aussi, je la déteste. Son intelligence vient d’un autre monde, elle s’informe sur tout, elle sait tout, elle est. J’admire sa facilité à dire ce qui ne va pas, et d’en assumer pleinement les conséquences. Je déteste aussi sa facilité à dire ce qui ne va pas, et d’en assumer pleinement les conséquences. C’est un exemple, et un contre-exemple.

Ornella, c’est la bosseuse du groupe. Moi qui suis une immense paresseuse, je me demande comment elle fait pour travailler autant. Même si ce sur quoi elle travaille lui est une passion, il y a un temps pour travailler, et un temps au carré pour ne rien faire, non ? Heureusement qu’elle est là et qu’elle me pousse à faire des choses, sinon je serais encore dans ma chambre… On connaît le refrain.

Fentchen, ah, Fentchen… Je l’adore, toujours souriante, toujours disponible, toujours. Elle ne se rend pas compte de toutes les choses dont elle est capable, et qu’elle mérite amplement sa place n’importe où elle va.

Et enfin, il y a Ndjo’o. Ndjo’o est super talentueuse. Elle aime passer du temps avec nous, mais elle aime aussi rentrer chez elle et s’occuper d’elle-même. J’aimerais en savoir plus sur sa vie.

En réalité, j’aimerais en savoir plus sur la vie de toutes. J’aimerais beaucoup passer du temps ensemble pour discuter (pas de « bonjour, ça va », hein, on a compris), de tout et de rien.

Pour le moment, je leur ai offert un petit carnet. J’espère qu’elles trouveront son utilité.


le 7 février 2021 à 12:15

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