Chapitre 3 – Ndjo’o

Pfff, écrire sur moi, je déteste ça. Tout le monde veut que je parle de moi.

Mon éventuel futur patron veut que je lui dise que je suis une personne saine d’esprit, pleine d’ambition et qui serait prête à donner tout mon temps pour sa boîte sans se plaindre. Il s’en fout que je sois passionnée de musique ou que je me sois déjà pissée dessus parce que j’avais trop bu.

Dans Tinder, OkCupid, il faut que j’écrive mon profil. Enfin, il faut surtout que je dise que je suis une personne honnête, à l’écoute et super sexy. Les personnes qui checkent mon profil s’en foutent que j’aie été major de ma promo pendant toute ma licence en analyse des données. Non, le seul domaine qui les intéresse c’est ce que je donne au lit. Mais bon, il faut donner envie et personne ne trouve les intellos séduisants.

Mes parents, mes ami.e.s, mes frères : “Alors comment ça va, quoi de neuf ?” Bah rien, toujours la même chose. Mais non ça ne suffit pas ! Iels veulent savoir si je vais enfin mettre mes capacités au service d’une énorme boîte et me faire du flouz. Iels veulent savoir si je vais me marier ou iels veulent juste que je leur raconte mes aventures pour les sortir de leur vie monotone.

Même moi je m’interroge parfois : “Bah alors qu’est ce qui ne va pas ? Pourquoi tu vas pas bien ? Pourquoi tu réagis comme ça ? Tu veux manger quoi ce soir ?”
Laissez-moi tranquille !

Alors, qu’est ce que je pourrais vous dire à vous ? Je ne vous connais pas et je n’ai même pas envie de vous rencontrer.
J’ai 29 ans, je suis née dans une famille aimante avec des parents imparfaits qui donneraient leur vie pour moi. J’ai deux petits frères chiants et attendrissants en même temps. J’ai des oncles, des tantes, des cousins, des cousines et un groupe de meilleures amies. Elles représentent mes six horcruxes pour celleux qui comprennent.
J’ai 29 ans de célibat et j’adore ça. J’ai essayé une fois de me mettre en couple mais ça ne m’a pas plu. J’aime faire ce que je veux, quand je veux. J’aime voir les regards se poser sur moi et j’aime pouvoir y répondre. J’aime coucher avec quelqu’un.e et rentrer chez moi pour dormir. J’aime la liberté et j’aime mon lit.

J’ai 29 ans de musique dans les oreilles. J’ai commencé mes concerts devant mon miroir puis en battle avec mes petits frères devant mes parents. Je connais par cœur les textes de Youssoupha, Keny Arkana et Medine. En grandissant je me suis lancée dans un collectif de rappeurs. J’ai fait mes premières instrus, j’ai rappé mes premiers textes, j’ai fait mes premières vraies scènes. Je gère.
Et depuis 29 ans, je suis pragmatique, je ne fais rien au hasard et je ne me lance jamais dans quelque chose que je ne suis pas sûre de réussir.

Je mens. Pourquoi je ne peux pas écrire ce que je veux ? Qui va vérifier que je ne mens pas, sérieusement ?
Bon, le premier collectif n’a vraiment pas été une réussite. C’était un groupe de mecs. Ils étaient pas supers chauds. Leurs instrus n’étaient pas dingues et leurs textes n’étaient vraiment pas oufs non plus. Ils n’étaient même pas super sympas. Mais j’étais trop contente de faire partie de mon premier groupe de rappeurs. Alors je me suis donnée à fond. Tellement que j’ai fini par leur écrire leur texte et je kiffais ça. Je me sentais importante et douée et je savais que je l’étais.

Au bout d’un moment, ils ont contacté un label pour produire notre premier album. Le mec est venu en concert et il nous a kiffé. On a eu notre première réunion. Il nous a demandé qui écrivait nos textes parce que c’était vraiment de la bombe. Putain, j’étais au max.

Ils ont dit que c’était eux. Ils ont dit “Chacun écrit ses textes”
J’ai pas réussi à les contredire, je n’ai rien dit.
À la fin de la réu, ils sont venus me voir, ils m’ont dit “T’inquiètes, ça veut rien dire. Et puis de toutes façons, t’es pas la seule à écrire des textes. On est un collectif, une équipe, ne pense pas qu’à ta gueule.”
J’en ai parlé à mes amies. Maternelle et Bibiche m’ont dit de reprendre mes textes et de me casser. Vanessa et Paradis m’ont dit que ce n’était pas grave, que j’allais quand même pouvoir rapper mes textes et sortir un album.

Je suis restée mais je n’arrivais plus à écrire. Et puis, ils faisaient des réunions sans moi. Ils ont fait le premier test en studio sans moi. Alors, j’ai repris mes textes et je me suis cassée. Le discours que je leur ai fait ce jour-là est devenu un de mes plus beau texte.
Ça m’a pris pas mal de temps pour retourner dans un collectif. Je voulais m’amuser, je voulais retrouver l’adrénaline de la scène. Mais je ne voulais pas revivre la première expérience. C’est Orné qui me l’a trouvé. Un ami à elle faisait partie d’un collectif à Saint-Denis. Ils faisaient des scènes en Ile de France. Je suis allée les voir et ça s’est super bien passé. On écrit ensemble, on fait tous des instrus, on sort boire des coups ensemble, on se soutient. On est “La libre Pensée”.


le 22 janvier 2021 à 2:23

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