Chapitre 2 – Ornella

Exister pour être utile

J’avais envie de le démarrer comme cela mon texte.
Maternelle nous a demandé de faire l’exercice. Écrire toutes les 7 des chapitres pour parler de nous. Elle veut faire de l’introspection sur nos vies. Nous emmener à prendre du recul, à les regarder de loin et à comprendre les actions que l’on pose pendant qu’on les pose.

J’y ai beaucoup réfléchi ; c’est sans doute un peu comme analyser l’histoire pendant qu’elle s’écrit et non pas à sa fin.
Alors l’utilité est sûrement le mot que je retiens pour mon histoire, un mot que je retrouve partout. Cette sensation presque obsessionnelle que si je ne suis pas utile alors je ne sers à rien.
En y repensant, ce n’est pas étonnant qu’une de mes phrases de motivations préférées soit “L’univers a horreur de l’immobilité”. Elle exprime bien mon besoin de continuer à bouger que ce soit en insufflant le mouvement ou en le suivant.

J’ai grandi comme cela. Déjà toute petite je me souviens que j’étais obsédée par ce besoin. Celui de me rendre vraiment utile. Pas utile pour faire le ménage, ou les champs ou encore la cuisine. Ma mère considérait d’ailleurs que j’étais la plus paresseuse de ses enfants. Non, utile pour faire des choses qui auraient un impact sur notre vie ou sur celles des autres. Je me souviens aussi que pendant longtemps je n’ai pas pu exprimer ce besoin, sans doute parce que les autres trouvaient que ma jeunesse me retirait la légitimité de penser ainsi.

Je n’étais ni la plus jeune, ni la plus vielle des enfants de mes parents, une cadette lambda dans une famille africaine lambda. Au milieu de cousins et cousines, d’oncles et de tantes de premier ou second degré qui passaient à la maison au fil des années. Certains pour quelques mois, d’autres pour plusieurs années. C’était normal ce va-et-vient, tellement commun que ça en devenait banal.
Il faut dire que ces va-et-vient me concernaient peu, sauf pour deux traumatismes spécifiques qui ont sûrement tordu ma perception des rapports entre humains. Bref, j’y reviendrai certainement avec les sujets de réflexion que Maternelle nous a annoncé. Je disais donc que ces va-et-vient me laissaient presque complètement indifférente car, encore une fois, il ne faut pas confondre mon envie d’être utile avec une envie quelconque de m’occuper des autres ou de leur manifester de l’attention. J’ai toujours été très réservée, peu bavarde, pas vraiment timide, et très peu “attentionnée”.

Et voilà, on a fait le tour de mon enfance. C’était passionnant hein ?
Revenons à ce besoin d’être utile qui est bien plus pertinent.
A l’intérieur de moi, je me sens presque constamment en feu et en flammes. Je brûle. D’idées, d’envies, de besoins d’expérimenter, de convictions. J’ai très tôt jeté mon dévolu sur l’Afrique. Au début dans une relation un peu malsaine de sauveuse à sauvé.e.s. Vous savez : cette douce pensée qui vous fait croire qu’avec la seule force de vos idées et projets, vous allez pouvoir sauver 1 milliards et 500 millions de personnes. Ne vous moquez pas, c’était vraiment mon discours quand je quittais Yaoundé pour Paris. Je disais comme ça avec la voix d’une convaincue “J’y vais pour faire mes études de gestion d’entreprises, ensuite je reviendrais créer ma compagnie qui va changer la face de l’Afrique”.

J’ai bien évolué depuis. Je suis devenue bien plus raisonnable.
Aujourd’hui, je dis comme ça avec la voix d’une convaincue “Je vais construire avec une super équipe une multinationale qui dans 30 ans va recruter 100 000 personnes”.
J’ai beaucoup évolué, je trouve. De un milliard à 100 mille.
Un autre changement, c’est que, maintenant, je m’intéresse aux autres personnes qui pensent comme moi, les autres qui veulent participer au développement de l’Afrique. Je ne pense plus que je suis la seule à avoir une idée. J’accepte même avec plaisir que nous sommes des centaines de milliers à travers le monde à rêver ainsi et à travailler pour un jour y arriver. Vous voyez ? Je ne dis plus sauver, mais participer.

Si je résume : je brûle du désir d’être utile en participant au développement de l’Afrique. Je brûle de ce désir quand je mange, quand mon homme me fait l’amour, quand je donne son bain à mon fils, quand je dors et que je rêve.
Je brûle de ce désir quand je regarde un film, quand je parle ou écoute les autres, quand je me promène, quand je travaille, quand je débats.
C’est étrange, j’ai écris plus haut que j’étais une personne réservée, et c’est vrai presque tout le temps mais complètement faux quand j’ai l’occasion de parler des projets et des sujets qui me passionnent.

Mais bon, j’imagine que j’aurai bien l’occasion de vous parler de ces projets lorsqu’on traitera des autres sujets. Ne vous inquiétez pas, si ça ne vous intéresse pas je n’en serai pas vexée. C’est mon rêve et il me remplit déjà bien sans votre intérêt.
J’imagine aussi, pour revenir au monde réel, que Vanessa, NDJO’O et Paradis doivent être à l’anniversaire de la fille de Tata Mado. Je vais bientôt devoir accepter de quitter mon poste de travail pour une soirée ou autres activités si je ne veux pas qu’elles me suppriment de leur groupe. J’ai beau sembler détachée, ces femmes représentent tous les morceaux qui semblent me donner l’impression d’être parfaitement entière tout en ayant parfaitement ma place. Elles constituent avec mon mari et mon enfant, l’essentiel de ma vie sociale. Avec elle, je me sens étrangement : à la fois pas au centre de l’attention, lambda et pourtant parfaitement acceptée comme je suis. Les seules qui savent écouter mes rêves, mais aussi savent rire de moi et casser le sérieux de tout ce délire chevaleresque.

Parfois il m’arrive d’espérer qu’avec elles, je saurai m’ouvrir au monde, apprendre à regarder et à écouter, à lâcher prise et à respirer. J’imagine que ce n’est pas sain pour un jeune corps d’expédier la quasi-totalité de son temps éveillé dans le travail ou la pensée du travail.
J’avais envie de m’arrêter là mais avant de le faire, laissez-moi vous annoncer une bonne nouvelle. Je suis désormais suffisamment vielle pour faire ce que je veux ! J’ai 31 ans, bientôt 32 et à cet âge, plus personne n’a la légitimité pour me dire si je peux ou non faire ce que je veux de ma vie. Je me sens comme cela depuis environ quatre ans maintenant et donc dès que j’ai pu, j’ai créé ma première entreprise.
Une de celle qui dans trente ans va recruter 100 000 personnes.


le 22 janvier 2021 à 2:18

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