Jeudi 4 juillet

Nous avons bien dormi cette nuit malgré l’ambiance austère que nous avions ressentie.

Le vieux monsieur de la veille est déjà dans son potager en train de nous fixer. Et nous sommes en train de nous installer pour manger. Wumi se bat avec le vent et le réchaud pour nous faire un café. Mais il n’y a rien à faire, nous sommes à court de gaz. Ce sera donc un petit déjeuner à l’eau froide.

Puis, on prépare le camion et on fait la balade matinale avec la petite Flaque qui n’attend que ça. A notre retour, le parc est rempli de jeunes enfants. Nous posons à peine le pied sur la pelouse, qu’un groupe vient nous accueillir en nous demandant si le camion nous appartient. On leur propose de le leur montrer. Ils sont super contents et préviennent les autres.

On se retrouve entourées d’une petite dizaine d’enfants curieux. Leur maître ne cesse de les rappeler à l’ordre et leur demande de ne pas nous déranger alors que nous insistons pour dire, qu’au contraire, nous sommes ravies de leur répondre. Ils restent finalement avec nous pendant toute leur récré. Ils nous demandent si on a une maison et sont choqués d’apprendre que notre camion est notre maison et que nous dormons dedans. Ils nous demandent où est ce qu’on a trouvé l’argent pour l’acheter et où on trouve l’argent pour le faire avancer ? On leur dit qu’on a économisé et qu’on gagne un peu d’argent tous les mois. Une jeune fille nous répond : « Aaaaaah, vous avez pas de maison, parce que vous n’avez pas d’argent ! » Ça nous a bien fait rigoler. On a également une discussion sur le fait « d’être une fille » et d’avoir les cheveux courts. Quand on leur demande ce que sont leurs rêves, ils nous ont tous dit qu’il voulait voyager, faire le tour du monde. Deux filles ont complété cette réponse par « être maîtresse » ou « être baby-sitter ».

On était vraiment très contente d’avoir passé ce moment avec eux et d’avoir pu leur parler. Fin de la récré pour tout le monde, ils retournent en classe et on repart sur la route. Nous allons à Bray pour récupérer une bouteille de gaz comme nous l’a conseillé la personne à laquelle nous avons demandé.

On trouve le magasin facilement en demandant à un passant puis on s’installe au bord de l’Yonne pour déjeuner. Putain, le temps passe super vite, en écrivant j’ai l’impression qu’on vient de finir le petit déjeuner et qu’on remange direct ! On se fait le café manqué de ce matin, on prend l’Atlas et on choisit deux destinations. La deuxième est là au cas où la première ne nous satisferait pas. Et c’est elle qui gagne, nous voilà à Pont-sur-Yonne.

En arrivant, on aperçoit un groupe d’arbres faisant de l’ombre à quelques camping-cars. On y va. L’une des personnes de ce campement vient à notre rencontre et nous invite à nous installer avec eux. C’est ce qu’on fait. Puis, on va se présenter et on leur demande s’ils savent où on peut se baigner. Il nous propose de le faire en face, on est pas archi chaude. On va demander à une vieille dame qui passe par là, elle nous indique un endroit plus loin. Elle parle même d’une mini plage. On préfère cette option.

On y va. Mais, malheureusement, je ne suis pas rassurée et ça me fait chier. Les personnes qui nous ont invitées à nous poser avec eux sont des gens du voyage. Et je me suis fait avoir par les idées reçues. Elles ne m’ont pas bloquée au point de ne pas aller me baigner alors que j’en meurs d’envie. Mais, j’ai peur qu’ils nous volent. C’est horrible à dire et ça me peine de le ressentir mais voilà, c’est comme ça. J’en parle à Wumi qui n’avait pas l’air d’être au courant de cette rumeur. Et puis, affronter les clichés ça commence probablement par soi-même. J’ai peur irrationnellement et je ne vais pas me laisser faire.

On suit la route. Elle nous mène à une mini-mini-plage d’herbe qui donne sur l’Yonne à droite et une petite forêt au bord d’un étang à gauche. L’endroit est mille fois plus sympa que le parking où nous sommes garées sur les graviers, sans herbe, très proche de la ville et de la route, avec des lampadaires et très peu d’ombre. Notre choix est vite fait. On se baigne et on retourne au parking.

Évidemment le camion et toutes nos affaires sont toujours là. Je suis triste de me sentir rassurée. Nous voulions faire la vaisselle puis avertir nos voisins que nous allions déménager et leur proposer de nous suivre. Mais, pendant que Wumi est affairée dans les toilettes du terrain de pétanque, les gendarmes arrivent. Ils vont voir le monsieur qui nous avait accueillies. Et commencent à relever les plaques d’immatriculation, on décide donc de bouger le camion tout de suite.

A mon retour, les gendarmes sont en train de partir. On va dire à nos anciens voisins qu’il y a un parking bien plus sympa au bout de la route. Ils étaient déjà allés voir mais il n’est pas possible pour eux de se garer avec leurs caravanes. Ils voulaient rester ici quelques jours avant d’aller rejoindre des amis dans un immense camp à vingt minutes. Les gendarmes leur ont laissé jusqu’à dimanche. Mais le terrain ne leur plait pas.

On les laisse et on retourne à notre nouveau paradis. On se repose un peu, on se fait un petit goûter avec des gâteaux et on apprécie l’endroit.

Puis, on part en ville, les camping-cars ne sont plus là. On achète de quoi se faire à manger et une bouteille de rosé pour accompagner le museau de porc sur conseil des charcutiers. Wumi rencontre une dame et son chien dans un parc. On reste un peu parler avec elle. Elle est ouverte, franche, gentille, on passe un bon moment en sa compagnie.

On retourne à notre campement, on se fait un super repas. On parle du racisme et des choses que l’on a pu dire avant et qu’on ne dirait plus maintenant. On retourne aux toilettes du stade en espérant faire caca mais elles font carrément peur la nuit et elles réussissent à nous constiper. On retourne au camion, on parle encore un peu et on s’endort dans cette agréable forêt noire.

Commentaires

  1. Dona

    J’aime beaucoup votre sincérité. C’est très touchant. La partie sur le fait de se faire chier à remarquer nos propres clichés est tellement agréable pour moi, et tellement rassurant de se dire qu’on peut en sortir ; déjà en parler est un beau pas, c’est un peu comme se regarder dans la glace et se dire, comme le dit si bien Wumi : je suis belle comme je suis, je dois m’accepter pour m’aimer et partir de là pour aller plus loin.

  2. Ornella

    Les petits a priori qu’on a tous dans la tête, parce qu’on les a assimilé à un moment sans s’en rendre compte. Je vais au marché tous les dimanches matin. Tous les dimanches matin, j’hésite à abandonner mon kadi dans un coin pour faire mes courses autour des stands tranquillement et tous les matins je finis par l’abandonner en me disant que je suis plus forte que cette idée mesquine qui pense que quelqu’un viendra le fouiller pour me prendre mon portefeuille ou mon téléphone. Une routine de 5 ans, je n’ai jamais été volée et je ne suis toujours pas guérie.
    Un petit détail qui m’aide à me rendre compte que je ne suis pas seulement ce que je décide d’être ou ce que je veux être, mais bien le résultat de ce que je vois, entends, apprends, …
    Très bel article, j’aurai voulu aussi en savoir plus sur ce que pense les petites filles de vos cranes rasés ? Est ce que vous restez des étrangetés ou est ce que vous devenez des possibilités ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
3 + 17 =